Il suffit d'ouvrir une carte pour comprendre que Nicosie est une accumulation de différents quartiers avec des caractéristiques très particulières qui permettent de les distinguer les uns des autres : les bâtiments, les magasins, les personnes que l'on croise dans la rue, tout ce qui donne une âme à un endroit. La vieille ville, derrière ses fortifications datant du XVI° siècle, est essentiellement touristique. L'immense Strovolos donne à la ville un air de capitale européenne moderne dans sa partie nord alors que le sud est plus industriel. Agios Andreas, là où j'habite, semble assez riche et on y trouve les ambassades de pays influents comme les USA, la Russie ou l'Égypte. Ces trois quartiers sont ceux que j'ai le plus fréquentés pour le moment mais je continue mon exploration, qui m'a amenée ce matin vers Kaimakli. (Bon, j'avoue, c'était pour un walking tour organisé par l'office de tourisme de Nicosie, sinon je n'aurais jamais mis les pieds là-bas.)
Et j'aurais eu tort. Kaimakli est un village dans la ville. C'est là que se sont installés les travailleurs venus de tout le pays pour trouver un emploi dans la capitale. Ils se sont formés à la maçonnerie et ont donc utilisé leur talent pour se construire de chouettes baraques avec le calcaire des montagnes voisines. C'est tout à côté de la ligne verte et à cause de cela, certaines maisons ont été désertées pendant un temps mais le gouvernement donne un peu d'argent pour les réhabiliter donc les gens sont revenus y vivre assez récemment. Notre guide nous a expliqué les différents styles architecturaux qu'on trouve dans ce quartier : le style médiéval avec des mini-fenêtres tout en hauteur ; le byzantin pour les églises ; le néoclassique avec des colonnes sculptées ; et enfin le colonial amené par les britanniques, qui ont déclaré qu'on aurait dorénavant un petit jardin devant chaque maison. Ce mélange d'influences est dû aux nombreuses invasions qu'a connu l'île et le résultat est admirable.
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| Les grandes fenêtres et le jardin, c'est le style colonial mais les colonnes c'est néo-classique. Vous me suivez ? |
Nous avons ensuite visité un atelier de tissage installé dans une vieille maison très photogénique et tenu par une dame très bavarde. C'était la première fois que je voyais un métier à tisser !
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| La lumière débordait littéralement des fenêtres |
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| Quelques créations |
Enfin, nous avons visité une superbe église orthodoxe construite sous l'ère ottomane et dédiée à Sainte Barbara.
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| Un iconostase (Non, ceci n'est pas une insulte du capitaine Haddock !) |
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| Hérité de la culture byzantine : un espace réservé aux femmes à l'arrière de l'église. |
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| Le détail qui tue : visez un peu la hauteur des accoudoirs... |
La guide a profité de cette visite pour nous raconter son histoire personnelle avec l'occupation turque. Comment, quand elle était petite en 1974, elle et sa famille ont dû quitter leur maison et leurs vignes pour s'installer, d'abord dans des tentes, au sud de la ville. Puis comment ils ont dû rester car la situation stagne désespérément. On sentait la tristesse dans sa voix quand elle évoquait les enfants turcs qui doivent considérer sa maison natale comme la leur. Puis sa colère en voyant les drapeaux sur la montagne d'en face et les routes coupées en deux par des entassements de bidons ou de briques. Pour elle, il n'est pas possible de retourner sur les lieux de son enfance, car faire tamponner son passeport revient à reconnaître l'existence de la République turque de Chypre du Nord, et c'est impensable.
chouettes photos merci de nous faire voyager avec toi
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