mardi 22 juillet 2014

România

Et si je vous parlais un peu de la Roumanie ? Nan parce que ça fait presque un mois que j'y suis et pour l'instant, je n'en ai pas dit un mot... C'est aussi parce que j'ai beaucoup de choses à penser en ce moment, et puis un mémoire à écrire, alors évidemment, le blog passe à la trappe.

Jusque là, tout se passe relativement bien. Je vis à Ploiești (oui avec un s cédille bizarre qui passe mal quand on copie-colle), prononcer Plo-yè-chte. Petite ville de 200 000 habitants, elle est à une heure au nord de Bucarest, direction Brașov, grande ville touristique de Transylvanie. Ma ville n'est pas très belle. Elle le fut, mais comme pour la majorité des villes roumaines, le communisme a eu raison de sa beauté. On y trouve maintenant de grands boulevards, quelques églises et d'immenses blocs tous gris, j'ai de la chance, le mien est un peu bleu aussi. C'est une ville où les gens viennent pour travailler, mais pas vraiment pour sortir... Il ne s'y passe pas grand chose. Il y a quand même eu "Les jours de l'amitié" il y a deux ou trois semaines, avec des concerts et de la bière, mais rien de transcendant. J'ai quand même rencontré, via couchsurfing, quelques personnes pour aller prendre des verres, alors ça va.

J'ai passé le premier mois à l'Alliance Française. Je dois préparer un festival de lecture qui aura lieu en octobre, donc autant dire que pour l'instant c'est un peu précoce et que je n'aurai finalement que quelques jours fin août pour rencontrer les professeurs et mettre en place des activités. Pour m'occuper, j'ai remis tous les livres de la médiathèque en ordre alphabétique. Stage pas très rempli, donc. J'en profite pour écrire mon mémoire que je dois rendre fin août, j'ai choisi comme sujet "Les enjeux de la promotion du livre et de l'écrit français dans le cadre de la coopération franco-roumaine". C'est toujours un peu dur de s'y mettre mais ça reste globalement intéressant. J'en suis à une dizaine de pages, je serre les dents.

En ce moment, l'Alliance étant fermée pour les congés annuels, je me rends au Musée des sciences naturelles. J'y découvre les joies de la gestion de projets, les réussites (de beaux plans de management  qui vont bientôt être mis en place pour aider deux communes à protéger les sites naturels sur leur territoire) et les ratés... Ce matin par exemple nous sommes allés dans deux écoles de la commune de Valea Doftanei comme ils font chaque mois depuis le début de projet afin de sensibiliser les jeunes. Aujourd'hui, nous étions censés leur apporter un jeu de société sur le thème du projet, à savoir un lac et une forêt. Sauf que : 
- premièrement, le jeu n'avait strictement aucun intérêt car il n'y avait pas de but du jeu ! Les animatrices, légèrement furax car elles ont sous-traité ce contrat à un(e) incapable, ont donc dit aux enfants que c'était à eux de trouver une règle amusante ;
- deuxièmement, nous sommes en période de vacances scolaires, donc personne ne s'est pointé dans la première école et nous avons vu seulement une poignée de jeunes dans la deuxième. Ça valait le coup de faire deux heures et demie de route !

En tout cas, ça m'aura permis d'admirer le paysage montagneux de la région. Ils ont des chalets en bois là-haut, on se croirait dans les Alpes. Et puis ils en ont profité pour prendre des photos en me mettant des prospectus dans les mains pour montrer qu'ils informaient activement la population locale... Bref. Jeudi nous repartons en vadrouille de l'autre côté du département pour déposer une expo photo en mairie. Comme je me réjouis ! Au moins ça me fait des petites sorties, et puis les gens sont agréables, j'essaye de leur parler roumain. De ce point de vue là, ça revient moins vite que je ne l'espérais, mais c'est surtout parce que tout le monde parle français dans le petit monde de gens cultivés de Ploiești. Ça revient quand même, sûrement parce que c'est la plus jolie langue que je connaisse.

Je mange bien. Je vais au marché pour les fruits et les légumes, et aussi le fromage frais et brut, taillé en gros blocs. Ici on n'achète pas 100 grammes de gruyère râpé, ça non. On demande au fromager de goûter un petit peu, et puis si c'est bon on en prend un demi-kilo emballé à l'arrache dans un petit sac en plastique transparent. La viande est servie de même. Je n'en achète pas moi-même mais ces deux derniers week-ends, ma directrice m'a invité chez elle, et c'est ambiance porc-poulet-porc-poulet à chaque repas. Moi qui n'aime pas le porc, je dois dire que quand c'est partagé comme ça, je trouve ça bon !

Ma directrice est chouette. Elle a soixante ans passés, elle est plus énergique que jamais. C'est chez elle que je squatte la semaine puisqu'elle ne vient que très peu dans son appartement de Ploiești, donc elle me le laisse gentiment pour l'été. Elle m'a aussi invitée plusieurs fois. Je suis allée il y a quinze jours dans leur maison familiale en plein milieu des champs de tournesol. C'est à la fois la campagne et la banlieue chic de Bucarest car on est tout à côté. D'ailleurs j'y suis allée le samedi pour voir Simona Halep jouer la demi-finale de l'open de tennis, un chouette match. Le week-end dernier, nous étions dans leur maison de campagne près de Valenii de Munte. Un peu loin de tout, pas de réseau téléphonique, surtout pas d'Internet, les toilettes au fond du jardin car l'eau n'est courante que depuis quatre ans. Et puis il y fait froid, alors on dort sous une bonne couverture, que c'est agréable !

Mais je suis de retour en ville, j'ai chaud et le mois de juillet, qui porte le doux nom de Cuptor, "le four", dans le calendrier traditionnel orthodoxe, commence à sévir. Je cuis, donc, et je bénis les soirs d'orage. J'attends les courtes vacances que j'aurai début août pour m'évader, je ne sais pas encore où j'irai, je prendrai peut-être le premier train et on verra bien. D'ici là, je m'en retourne à mon mémoire.

Week-end à Snagov. Et encore, je vous montre pas la piscine ;)

samedi 12 juillet 2014

Derniers jours : Tel Aviv, Jaffa et Ashdod

Après Haïfa où l'on travaille, et Jérusalem où l'on prie, j'ai voulu avant de partir visiter Tel Aviv, la ville où l'on s'amuse. Coup du hasard, c'est le jour de la gay pride. Je n'ai pas pris de photo, c'était une gay pride tout ce qu'il y a de plus gay pride. Seul signe distinctif, un message de paix inter-religieux sur l'un des chars. Nous quittons la foule (non sans manger un falafel) pour aller nous poser un instant chez une amie d'Avi. Appartement luxueux dans une ville luxueuse. Je suis contente de n'y rester qu'un jour. Puis Avi m'emmène du côté de Jaffa, la ville musulmane qui existe depuis bien plus longtemps. Et je tombe sous le charme. Nous marchons le long du port puis flânons dans les rues jusqu'à tomber sur une fanfare de cornemuses ! 


De ce côté-là, Tel Aviv


Chez un bijoutier de Jaffa








Le lendemain, c'était Shabbat, et je l'ai suivi très religieusement, je n'ai absolument rien foutu. J'ai réagi un peu tard au moment du coucher du soleil que je voulais prendre quelques photos depuis la plage d'Ashdod. J'y suis parvenue de justesse.




La nature du sol et la force du vent rendent les vagues particulières

Les ruines d'Ashdod



Quand je rentre, mon hôte est en plein débat via Skype avec une amie finlandaise, plutôt pro-Palestine. Chacun défend son point de vue, et Avi propose à son amie de rencontrer une personne qui défend la colonisation des territoires palestiniens par les Juifs. Elle est confuse et ne sait pas si elle doit accepter car ce point de vue est, pour elle, indéfendable. Je suis heureuse de ne pas être à sa place car je n'aurai pas su comment réagir. Mon séjour sera resté apolitique. Très tôt le lendemain, je m'envolai pour l'Europe.

vendredi 11 juillet 2014

Jour 8 : Jérusalem

Au petit matin, je marche dans la vieille ville où rien n'est encore ouvert. J'attrape pour mon petit déjeuner un de ces gâteaux jaunes fluos qu'on voit partout. Je ne sais pas d'où vient la couleur, mais le goût n'est pas mauvais. Je chope un slushee aux fruits de la passion et, après moult hésitations, me décide à escalader le Mont des Oliviers, en claquettes. Je rentre dans une église, tiens, la tombe de la Vierge Marie. Elle est cachée dans un endroit aux portes minuscules, ce qui me rappelle un commentaire vu quelques jours plutôt dans l'une des nombreuses églises que j'ai visitées : si les portes ont été diminuées, c'est pour empêcher certaines personnes indélicates d'y rentrer à cheval. J'observe un moment un prêtre au teint buriné qui fume sa clope au soleil, l'air blasé. Je le suis, je rentre dans une chapelle et je manque d'assister à une messe. Je ressors. En face, le jardin où Jésus était quand Judas l'a trahi. Je continue à monter, me traînant de point de vue en point de vue.

Du coup, derrière le mur, c'est l'esplanade que j'ai visitée la veille, pour ceux qui suivent.






Et l'église d'hier !


Gros plan

Moins gros plan

Encore moins gros plan

Encore moins, avec en prime quelques juifs orthodoxes, un rabbin et le Dôme du Rocher !


Je redescends dans la vieille ville et je décide de suivre la Via Dolorosa d'un bout à l'autre, puisque je ne l'avais faite que par petits bouts. C'est le chemin que le Christ a suivi entre sa condamnation et sa crucifixion, marqué par toutes les étapes qu'un bon chrétien connaît. Mais comme je suis sympa, je vous redonne l'info.





Je n'ai pas pris toutes les étapes en photo, mais cette église si, parce que je crois que c'est la plus belle que j'aie vu pendant ces dix jours. Je n'ai pas poussé jusqu'à réentrer dans le Saint Sépulcre, j'ai préféré aller déjeuner pour éviter l'hypoglycémie. Puis il est déjà l'heure de quitter Jérusalem. Je prends le bus pour Ashdod où Avi m'accueille et m'emmène à la plage, dans la Méditerranée cette fois. L'eau est chaude, tout comme le fond de l'air. Je m'endors vite.

jeudi 10 juillet 2014

Jour 7 : Jérusalem et la Mer Morte

Je commence la journée en retournant au Mur des Lamentations histoire de prendre des photos, prouver que j'y étais, tout ça tout ça. Et puis aussi parce que c'est là que se trouve l'entrée pour accéder à l'Esplanade des Mosquées, juste derrière le mur. L'esplanade est également sacré pour les Musulmans, il y règne un calme incroyable qui vous repose à l'intérieur. Même les quelques jeunes qui jouent au ballon ne peuvent venir troubler la sérénité du lieu. Des groupes d'enfants accompagnés de leur professeurs y viennent pour étudier la religion. Des personnes plus âgées s’assoient en cercle et prennent le thé. On s'y sent chez soi. Impossible malheureusement de pénétrer dans le Dôme du Rocher pour les non-Musulmans, du coup je mitraille de photos depuis l'extérieur.

Le Mur des Lamentations


Les hommes à gauche et les femmes à droite

Arrivée sur l'Esplanade des Mosquées

Le Dôme du Rocher













Une église russe cachée de l'autre côté.





Je rentre chez Eran et nous attendons sa tante qui habite à Ein Gedi, oasis sur la côte de la Mer Morte, et qui doit m'y emmener dans l'après-midi. Pour tuer le temps, je monte sur le toit de son immeuble, qui fait une douzaine d'étages, et prend quelques photos de la nouvelle ville.




Moment volé. Assis sur le rebord du trottoir, Eran me chante "Die Forelle", la Truite de Schubert, d'une voix de ténor superbe. Je ne connais pas bien les paroles, je ne peux pas l'accompagner plus loin que le premier refrain. En échange, je lui chante la seule chanson que je connaisse en polonais, ce seront nos cadeaux d'adieu. 

Traversée du désert
Nous partons vers Ein Gedi, je n'ai jamais vu un tel paysage. J'aperçois un dromadaire dans les dunes. Nous nous enfonçons de plus en plus jusqu'à atteindre 423 mètres en dessous du niveau de la mer, l'endroit le plus bas de la planète. Puis on me laisse juste après le checkpoint, un peu avant la ville. La voiture repart. J'enjambe la rambarde sur le bord de l'autoroute, laissant derrière moi quelques militaires en faction et un arrêt de bus qui semble désaffecté, mais où je suis censée reprendre le bus pour rentrer le soir même dormir à Jérusalem. C'est probablement un des moments les plus excitants de ma vie. Je suis incroyablement seule dans un paysage incroyablement désert. Je descend vers la mer, à la recherche d'une petite source d'eau claire, suivant les conseils de mon hôte. La chaleur est littéralement étouffante. Toujours personne à l'horizon. Je me déshabille et me mets prudemment à l'eau. Je dérape et m'ouvre le genou qui saigne abondamment, le bain d'eau archi-salée devient un peu moins agréable, du coup. Je flotte, c'est drôle, c'est indescriptible. On peut être en position verticale ou bien horizontale, mais pas entre les deux. Je me fais un masque avec la boue que je ramasse sous l'eau, il paraît que les minéraux sont excellents. Je finis par ressortir et laisse le soleil sécher ma peau huileuse. Je suis un petit marais salant à moi toute seule. Je tente de me rincer à l'eau claire. J'aperçois quelques personnes au loin qui viennent pour une ultime baignade. À un moment, je prends mon mp3, toujours en mode random, qui me joue "What a wonderful world". Le charme est quelque peu rompu quand il enchaîne sur la Carioca. Je l'éteins pour regarder le soleil décliner, perdue dans mes pensées.

Vue sur la Jordanie


Ma peau après séchage naturel



Les minéraux de la Mer Morte

Le sol, couvert de croûtes de sel





(Je vous épargne les photos avec les déchets, visiblement, être dans un endroit aussi magique n'empêche pas les gens d'y laisser leur plastique...) Je remonte attendre le bus qui n'arrive pas. Je finis par arrêter une sorte de mini-bus, le chauffeur a fini sa journée mais il propose de me faire faire un bout de chemin. Nous parlons un moment, il me conseille sur les prochaines visites mais je n'ai plus beaucoup de temps, hélas. Il me laisse au beau milieu du désert, le bus que je devais prendre à Ein Gedi finit par arriver et me dépose dans la capitale. C'est la fête des Lumières qui commence ce soir là, un fil lumineux est tendu à travers toute la ville et mène les spectateurs d'attraction en attraction. J'attrape un shaorma pour tout dîner et avant de tomber de sommeil, je prends une douche. Je me suis rarement sentie aussi sale, et aussi bien.

Les illuminations de la porte de Jaffa