dimanche 9 février 2014

La deuxième fois

J'ai vieilli.

Avant-hier soir, je suis allée dîner avec ma pote Lovely, que j'avais connue en Roumanie lors de mon premier semestre Erasmus. Je ne l'avais pas revue depuis, alors évidemment on a fait les comptes, et il se trouve que cela fait précisément quatre ans que j'ai quitté ce chouette pays. Depuis, je suis passée par la France, l'Allemagne, le Burundi, le Mexique, encore la France et me voilà en Chypre. Au fil de mes expatriations, j'ai pris de la bouteille (au sens figuré, naturellement) et je me rends compte que je suis en train de commencer un semestre Erasmus qui n'a rien à voir avec mon expérience roumaine.

Avant de partir à Iași, je n'avais eu qu'à cocher une case pour obtenir une place dans une résidence étudiante située à deux pas de mon université d'accueil. La plupart des étudiants Erasmus avaient également choisi de ne pas se casser la tête, d'autant plus que le loyer était insignifiant par rapport à ceux de nos pays d'origine, bien qu'assez élevé par rapport à ce que les étudiants roumains avaient les moyens de s'offrir. Du coup, la plupart des personnes qui vivaient dans cette résidence étaient des étudiants de toute l'Europe qui venaient s'offrir un semestre à pas cher. Le premier jour, j'ai frappé à une porte voisine, j'ai rencontré mon pote Santi qui m'a présenté à ses potes espagnols, ensuite nous avons sympathisé avec nos voisins polonais puis avec toute la résidence. C'était le début d'un semestre franchement multiculturel, et si j'ai réussi à me faire quelques potes roumains (parce que j'étais l'une des rares à avoir fait l'effort d'apprendre leur langue), je n'ai passé que quelques soirées avec eux alors que tous les autres soirs, nous buvions des bières avec mes potes italiens, slovaques, français, etc.

À Nicosie, les choses ne se présentent absolument pas de la même manière. D'abord, les prix pour les résidences "étudiantes" étaient prohibitifs car je n'ai pas les moyens de me loger à 500€ par mois. J'ai donc trouvé une colocataire chouette qui travaille ici depuis bientôt deux ans. Elle a déjà son réseau de potes, ses endroits préférés, des conseils à donner. Je ne sais pas si je peux dire que je prends la direction de l'intégration dans la vie chypriote car ma coloc est polonaise et ses potes sont de plusieurs nationalités, mais ce sont des gens qui vivent ici et qui peuvent m'emmener dans les endroits qui leur plaisent et qui souvent me plaisent aussi. Et puis j'ai gagné en maturité. À 19 ans, je me laissais embarquer dans certains clubs un peu miteux parce que mes potes avaient décidé d'y aller. À 23 ans, je sais rentrer plus tôt à la maison quand un endroit ne me plaît pas.

À l'université, j'ai également changé de technique. Il y a quatre ans, j'avais choisi des cours qui offraient le meilleur rapport facilité/nombre de crédits. Ce qui comptait, c'était de ramener mes 30 crédits ECTS pour faire valider mon semestre par mon université angevine. Ce qui comptait encore plus, c'était de me faire des potes, de partir en week-end dans des coins sympas, d'apprendre des insultes en espagnol et des chansons en italien, et de profiter du faible coût de la vie pour boire, fumer et encore boire. À l'époque, j'étudiais les langues parce que j'aimais ça, sans savoir ce que je voulais en faire plus tard.

Aujourd'hui je suis à peu près sûre de moi, je veux faire de la gestion de projets. Je ne me suis jamais autant investie dans des études et ce semestre Erasmus m'offre la possibilité de choisir les cours qui m'intéressent vraiment. Adieu le droit administratif qu'on nous imposait le vendredi soir, bonjour les cours intéressants et surtout utiles pour plus tard, par exemple pour m'aider à remplir les missions qui figurent sur ma convention de stage pour l'été prochain. Et même si certains cours impliquent une bonne dose de travail et qu'il faudra renoncer à quelques week-ends à la plage pour finir les projets, c'est mon choix. Et même ce cours qui ne me rapportera aucun crédit et qui finit à 21h le jeudi soir, je vais le suivre parce qu'il me fait envie. Alors qu'en France, encore à 23 ans, on ne me laissait toujours pas le choix sur mon emploi du temps. De ce point de vue également, je réalise enfin que c'est une chance de pouvoir partir.

1 commentaire:

  1. Juste pour dire que c'est super cool de te lire, ça fait rêver! Profites <3

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